Extraits du témoignage d’Henri Gradis (H.47)


Quels souvenirs souhaitez-vous partager avec nous ?

J’ai préparé HEC à Montpellier, où j’ai vécu une année (1940 – 1941) avec ma mère et mes deux sœurs, dans des conditions particulières. Je me souviens par exemple avoir entendu le Maréchal Pétain à la radio demander l’armistice. C’était la veille de l’appel à la résistance du Général de Gaulle du 18 juin 1940.

A l’époque, je vivais en zone libre, donc pour venir passer le concours d’HEC à Paris, j’ai dû demander aux allemands un « ausweis » (Laisser-passer).

Aux épreuves du concours, je me souviens avoir eu 5/20 en mathématiques et 17/20 en allemand. En prépa, j’avais eu un excellent professeur d’allemand qui nous faisait apprendre par cœur des passages littéraires que nous pouvions insérer dans n’importe quelle dissertation ! Le sujet de l’épreuve d’économie politique sur lequel j’ai été interrogé à l’oral était : « le dollar mexicain ».

J’ai donc été admis au concours mais compte-tenu des circonstances de l’époque, mon entrée à HEC n’a été effective qu’en 1945. J’ai fait partie d’une promotion spéciale (appelée H 1947 A), dont la scolarité a été aménagée afin de ne durer que deux ans et demi (nous avons travaillé durant l’été). 

Revenir sur les bancs de l’Ecole après avoir vécu quelques temps au Maroc (et après le grave accident que j’avais eu à l’armée là-bas) fut difficile. Mais au lendemain de la guerre, nous étions tous animés d’un tel désir de construire la France que même s’il était pénible de reprendre sa scolarité, tout le monde y croyait. Et nous nous sommes relevés.


Avez-vous quelques anecdotes à nous raconter ?

J’ai connu Maurice Herzog (qui était un ami d’ami) que je suis allé voir à l’hôpital après son ascension de l’Anapurna, où il eut les mains et les pieds gelés.

Je me souviens que j’avais du mal à apprendre l’anglais et que je m’arrangeais donc pour sortir par la porte de service une fois le cours commencé. Je crois que l’administration de l’Ecole était au courant de cette « évasion » mais qu’elle fermait les yeux (compte-tenu, sans doute, de mon état physique de l’époque).

Je me souviens également que, plus tard, lors de l’inauguration du campus de Jouy-en-Josas, il nous avait été rapporté que le Directeur de l’Ecole qui demandait au Général de Gaulle, alors président de la République, s’il n’avait pas eu trop de difficultés pour arriver jusqu’au campus, s’était vu répondre qu’ « une fois passé le petit Clamart, [faisant allusion à l’attentat dont il avait été victime deux ans plus tôt], ça roulait tout seul » !!

Enfin, je me souviens qu’en 1946, une vingtaine de mes camarades et moi avons décidé d’employer nos petites vacances scolaires à la restauration du village de La Salle, près de Rambervilliers dans les Vosges, très endommagé par les combats pendant la guerre. La mission qui m’a été confiée a été de refaire le mur de la forge… Nous couchions sous la tente et nous amusions comme des fous !


Que représente HEC pour vous aujourd’hui ?

Ce que je retiens d’HEC c’est la formidable solidarité qui existe entre les diplômés, quel que soient le programme et la promotion dont ils sont issus, ainsi que le diplôme.
Le développement d’HEC est une chose qui me fait plaisir. L’Ecole ne correspond en rien à ce que j’ai connu. Les 3 mots qui représentent pour moi HEC sont ceux-ci : effort, ambition, joie.


Si, vous aussi, vous souhaitez partager vos souvenirs, contactez :

Marianne Duval – Responsable des legs et autres libéralités : 01 39 67 98 87 – duval@hec.fr