Extraits du témoignage de Claude Razel (H.53)

 


Quels souvenirs de « vos années HEC » souhaitez-vous partager avec nous ?

Je n’avais pas 19 ans, en juin 1950, lorsque j’ai eu mon Bac de MathElem avec mention et que je suis entré à HEC, l’un des plus jeunes de ma promo. La plupart de mes camarades avait un ou deux ans de plus que moi, mais l’un d’eux, Claude Ury, avait un an de moins !

J’ai suivi la préparation de l’Institution Frilley Elle était alors la seule prépa parisienne à prendre des candidats concourant à la fois pour le bac de Math-Philo et les grandes écoles de commerce.

Au concours d’entrée à HEC, il fallait deux langues. Issu de la section Latin-Sciences, si j’étais plutôt bon en allemand, je n’avais en revanche aucune connaissance de l’anglais, ou si peu. Mais j’avais la volonté farouche de combler cette lacune au plus tôt. Et j’y suis parvenu, grâce aux conseils de Monsieur Léon Saravas. A 35 ans, il était déjà un professeur d’anglais très remarqué dans les prépas HEC. En quelques semaines, il m’enseigna toutes les correspondances sémantiques entre l’allemand et l’anglais, les emprunts de la langue anglaise au latin et au français et la phonétique internationale appliquée à l’anglais. Et en juin suivant, au concours, j’eus mes meilleures notes en anglais et en allemand.

Merci Frilley. Merci Monsieur Saravas.

Quelle joie lorsque j’ai été déclaré admissible avec 480 autres candidats ! Je me suis présenté confiant aux oraux, mais j’ai vite été rendu perplexe devant l’aisance, le brio de Jacques Rauffet qui passait immédiatement devant moi par ordre alphabétique. Il savait tout, il avait réponse à tout, il avait une assurance de bon aloi qui m’en imposait. Si beaucoup étaient comme lui, je n’avais aucune chance d’être admis… L’explication ne tarda pas : au classement final, Jacques sortit major de notre promo. Je fis de mon mieux derrière et fus admis 32e.

En 1ère année d’HEC, je me souviens notamment de mon professeur d’anglais, Monsieur Assénat. Il était littéraire et aimait les nuances et la finesse des mots. Il nous faisait découvrir la richesse incroyable du vocabulaire et des expressions de l’anglais, avec leurs familles multiples et leur inventivité.

Je m’intéressais volontiers à la technologie et notamment aux cours d’amphi de Monsieur Rouvillois. Il nous brossait le tableau technologique et financier des grandes industries (ex : la sidérurgie, le ciment).

L’ambiance était sérieuse, studieuse.
Nous pointions matin et après-midi. Des surveillants vérifiaient.

Nos Présidents de Promo, Arnaud de Thomasson et Bernard Bignier, sont restés fidèles au poste et actifs depuis … 55 ans. Ils continuent encore aujourd’hui, en 2018, d’organiser une bonne demi-douzaine de déjeuners de promotion par an.

Pourtant, dès ma sortie de l’Ecole et la fin de mon service militaire, je fus très pris par mon métier, puisque j’ai travaillé 2 ans en Turquie sur le chantier de construction de l’Aéroport de l’OTAN à Diyarbakir, puis je suis parti deux ans au Sahara pour diriger le chantier de la route de Ghardaïa à El Goléa, puis deux ans en Ethiopie sur la route du café. Pas beaucoup de camarades HEC dans ces coins-là. C’est pourquoi, dans mon cas, le lien amical HEC s’est fait en pointillé. Il est pourtant resté très fort.

Pendant mes années d’HEC, je m’échappais chaque fois que possible pour grimper dans le Massif du Mont Blanc avec le guide Armand Couttet, auquel je me suis lié d’une profonde amitié.

A notre époque, les filles n’étaient pas admises comme candidates aux concours HEC ni à ceux des grandes écoles d’ingénieurs comme Polytechnique. Grave lacune. Plus tard, lorsqu’elles ont enfin pu concourir, on a vu qu’elles étaient tout aussi capables que les garçons, certaines devenant même major de promotion (Anne Chopinet à l’X dès 1972), les autres comptant pour la moitié des admis. Ce fut le cas à HEC. Du coup, pour des raisons d’arithmétique évidentes, le niveau de toutes les Grandes Ecoles s’est élevé.

Je pense avoir été imprégné à HEC de ce qui existait à Frilley. La devise de Frilley, « Excellence, Bienveillance et Humanisme » correspond également à l’esprit HEC. Lorsque l’Entreprise RAZEL Frères s’est installée au Christ de Saclay, j’ai pris contact avec le Directeur de l’époque, Christian Vulliez, et l’entreprise est devenue donatrice de l’Ecole. Par la suite, à la retraite, c’est moi qui ai pris le relais.

Je nourrissais depuis longtemps l’envie d’aider l’Ecole d’une part et les étudiants étrangers d’autre part. C’est ainsi que ma femme Chantal et moi sommes devenus Grands Donateurs de la Fondation HEC et que nous sommes devenus amis avec les étudiants brésiliens que nous avons soutenus par des bourses.

Pour moi, il y a longtemps qu’HEC est un fer de lance du progrès. HEC est à la pointe du combat pour l’avenir de la France et du monde. C’est sans aucun doute plus important encore aujourd’hui que jamais, parce que le monde change plus profondément et plus vite que jamais. Il est rempli de grandes incertitudes.

HEC forme des hommes et des femmes rompus à faire face au changement avec lucidité, bon sens, audace selon sa devise « Apprendre à oser », et, j’y compte bien, avec respect et générosité.

Il appartient à HEC de mettre un bémol au propos de Jean d’Ormesson, qui expliquait à regret que : « Ce sont toujours les mêmes qui gagnent; les plus brutaux, les plus dissimulés ou les plus habiles l’emportant toujours sur les plus honnêtes et les plus modestes».

Il appartient à HEC de former ceux et celles qui ne laisseront pas ces « bdh » l’emporter, mais feront progresser l’humanisme dans nos sociétés.

Je rejoins Bernard Ramanantsoa, lorsqu’il a dit, en s’adressant aux étudiants sortant diplômés d’HEC : « Votre bagage en sortant d’HEC, c’est l’Amour».

Que l’entreprise soit publique ou privée, ce qui compte, c’est le Respect associé à l’Audace, tous deux prônés par HEC.

 


Si, vous aussi, vous souhaitez partager vos souvenirs, contactez :

Marianne Duval – Responsable des legs et autres libéralités : 01 39 67 98 87 – duval@hec.fr