Extraits du témoignage de Bernard Parent (H.61)

 

Quels souvenirs souhaitez-vous partager avec nous ?

C’est André Risler, PDG de la société française des carburants (qui a donné lieu à la création de Total), que j’avais rencontré là où j’habitais, qui m’avait conseillé de faire HEC lorsque je lui ai dit que j’envisageais de faire une école de commerce.

Pour des raisons personnelles, je n’ai pas pu faire de préparation, donc pour faire HEC, j’ai d’abord fait sup de co de Bordeaux (par concours d’entrée, préparé par correspondance. Je suis sorti major au bout de trois ans et l’été j’ai préparé le concours d’entrée en seconde année à HEC. A Bordeaux, nous étions sept de Sup de co à préparer le concours d’entrée HEC en 2e année. Il y avait quatorze places en tout. Les sept ont été reçus. On a travaillé tous ensemble. Alain Burgaud faisait partie de ce petit groupe. Il m’hébergeait à Caudéran.

Au concours pour entrer en 2ème année d’HEC, il y avait de la technologie, de la compta, du droit, des mathématiques financières, du marketing, de l’économie politique, de l’anglais commercial, de l’espagnol commercial…

Quand je suis arrivé à HEC, j’avais une chambre seul à la maison des élèves rue de Tocqueville. Elle donnait sur la rue de Tocqueville au 2e étage. Il n’y avait pas de douche individuelle, c’était petit. Mais c’était parfait. Je m’en souviens très bien, je pourrais la retrouver. La cantine était au sous-sol, on mangeait bien (on était moins exigeant à l’époque).

En compta, il y avait Monsieur Joly, Monsieur Pierre Garnier (qui disait que « la comptabilité est l’algèbre du droit »), Monsieur Edouard Salustro ; en droit du travail, Monsieur Plaisant ; en droit maritime, Monsieur Rodière (qui m’a énormément impressionné) ; Monsieur  Hamel en droit civil ; Monsieur Goetz en économie politique ; en finances, Monsieur Gaston Desfosses. J’ai eu aussi, en informatique (que j’adorais déjà), Monsieur Escaravage.

Les cours commençaient en octobre (en fac ils commençaient en novembre). On était soit en amphi, soit dans des « comptoirs » (petites salles accueillant une vingtaine d’étudiants), accompagnés de notre « cahier vert » obligatoire. Certains cahiers verts se vendaient au marché noir… Nous avions beaucoup de droit (civil, constit, du travail, commercial et maritime). Et surtout beaucoup de cours de finances et de compta.

En 2e année d’HEC, j’ai fait un stage de six semaines chez Arthur Andersen à Chicago. Nous étions trois français : Thierry Vandeventer (de ma promo), un étudiant de l’Essec, Jean-Claude Picon et moi-même. Je sais que la chambre de commerce avait subventionné tout ou partie du voyage en avion. Arthur Andersen finançait le reste du coût du stage. Le stage s’est poursuivi chez un client, Booth Fisheries, premier pêcheur de crevettes des USA ! Puis j’ai été rejoint par deux HEC 61 comme moi, Pierre Féraud et Philippe Reyé pour faire le tour des USA en 3 semaines.

En comptoir, on retrouvait les mêmes copains. Moi j’y retrouvais notamment François TULASNE (le père de Thierry Tulasne), Jacques VISTEL et Jean-Paul Magrez.

Mon meilleur camarade était Philippe Réyé, poitevin comme moi. Il est mort à 29 ans. Toutes les filles lui couraient après ; il me demandait parfois conseil mais je n’étais pas le mieux placé pour lui en donner, isolé que j’étais !

J’avais aussi des copains de handball : Joël-Yves Le Bigot, Bernard Méheut, Jacky Paquet et tous les copains de Bordeaux : Bernard Pierrelle, François Julien, Jean-Pierre Magrez, Alain Burgaud, Michel Cazeausx-Cazalet et Bernard Jancène.

Je n’avais pas droit à une bourse sociale mais je ne voulais pas demander d’argent à mes parents. J’ai donc travaillé pour payer mes études à HEC, 20h par semaine chez un client d’un cabinet d’expert-comptable à Vélizy. J’installais un système de comptabilité à cartes perforées. C’était très nouveau, en 1961…

bap trombi okQuand je suis arrivé de Bordeaux (sup de co), j’étais champion de France de handball (toutes catégories). J’ai été présélectionné pour l’équipe de France mais je n’ai pas été pris parce que j’étais trop maigre ! A HEC y avait une assez bonne équipe de handball. J’ai été capitaine de l’équipe tout de suite. On a fait des championnats universitaires. On s’est fait battre par l’INSEP. J’organisais les entraînements à la porte de Versailles et les entraîneurs étaient deux copains à moi (champions de France de handball), dont Jean-Louis Sylvestro.

Il me semble que le responsable des sports à HEC à l’époque s’appelait Monsieur Dassonville.

On appelait le gala d’HEC le « Boom HEC ». Je me souviens bien du boom « Mettons-nous au vert » (en 1961 je crois). Il y avait 8 500 entrées payantes et cela se passait rue de Tocqueville. L’équipe de rugby a passé huit jours à faire une tranchée dans la cour pour transporter (dans une canalisation) de l’eau chaude de la salle de bains de la chambre du censeur (Dutto) jusqu’à la salle du traiteur (Raymond Oliver). Cela a fait le cirque ! L’un des grands de l’équipe de rugby s’appelait Jean-Claude Cantet (il était d’une autre promo que la mienne). Il y avait aussi Paul Menstrier. Il y avait une bonne ambiance. Trente-deux orchestres étaient répartis dans les comptoirs. J’avais été chargé de mettre une estrade dans un comptoir pour accueillir deux orchestres de jazz : Claude Bolling et Claude Luther. Pendant les spectacles, il y a eu Pierre-Jean Vaillard (chansonnier très connu à l’époque), Mezz Mezzrow (clarinettiste), et Madame Monique Serf dite « Barbara » (alors débutante). Pour la publicité, pour que tout le monde sache qu’il y avait le boom, pendant plusieurs jours, quand on sortait des bouches du métro parisien, sur les contremarches, il y avait des affiches écrites en noir sur fond vert, avec le slogan « Mettons-nous au vert ». Les membres de l’équipe de rugby étaient videurs.

Tous les étudiants étaient « réquisitionnés » pour organiser ce boom. Le « chef » de cette organisation était Benjamin Cohen dit Benji. Ensuite il y avait des « chefs de services ». Le mien s’appelait Claude Limare (c’est lui qui a inventé « la mère Denis »). Pour les affichettes « Mettons-nous au vert », quatre étudiants de ma promo avec la casquette des releveurs de gaz, le bleu de travail, la boite à outils etc… sont partis d’HEC en 2 CV pour Paris. Et le soir, quand la lumière s’est allumée sur la place de la Concorde, l’obélisque était vert (ils avaient mis des filtres sur les lampadaires). Je pense qu’ils avaient eu l’autorisation de la Mairie.

 

Il y avait beaucoup de décorations à faire. Il fallait des professionnels artistiques. Un contrat avait été passé avec l’école d’arts graphiques de la rue Beethoven (cette école n’existe plus aujourd’hui). Toutes les filles de cette école ont travaillé sur ce projet.

Les filles de l’école d’arts graphiques et les HEC JF sont venues au boom. Les anciens d’HEC faisaient venir des filles. Le boum était connu comme étant le plus grand bal d’Europe.

Mon meilleur souvenir d’HEC reste le Boom je crois, hormis le jour où j’ai été reçu au concours d’entrée : mon père était très content que je sois reçu à HEC. Ma mère beaucoup moins…

Le jour où j’ai trouvé un stage d’expertise comptable est aussi un bon souvenir. C’était vital.

J’étais co-capitaine de l’équipe d’athlétisme (avec Pierre Reveniaud). Lui était chargé des courses et moi des concours. Je recrutais des étudiants pour faire le tournoi triangulaire avec l’X et Centrale. Et on a gagné. Cela se passait au stade Charléty, avec comme lanceurs de poids Faillot et Fouilloux.

Le Directeur de l’école à l’époque s’appelait Monsieur Lhérault. Un jour en amphi, un étudiant nous a donné un petit paquet à ouvrir juste avant l’arrivée du censeur, qui s’appelait Monsieur Dutto. Il s’agissait d’un masque du visage de Dutto en plastique vert ! 300 étudiants se sont donc retrouvés face à lui avec ce masque. Cela ne l’a pas fait rire.

Je me souviens qu’il y avait des couloirs entre la maison des élèves et l’école et on arrivait à se faufiler pour ressortir après avoir pointé.

Le mélange des cultures à HEC est extraordinaire. Il y a une émulation fantastique, intéressante pour tout le monde.

Je suis fier d’avoir fait cette école. J’ai bénéficié de l’aura, de la dynamique et de la puissance du réseau HEC, de l’image de marque HEC. Le mot « HEC » est un mot de passe.

 


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Marianne Duval – Responsable des legs et autres libéralités : 01 39 67 98 87 – duval@hec.fr